Encore une vague


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Chapitre 3

Maintenant, je ne suis qu’un marin, allongé au fond d’une chaloupe délabrée.
Le soleil tombe lentement derrière l’horizon. Je sens le froid arriver et pénétrer ma veste de laine. La tempête est encore loin. Espérons qu’elle attende demain pour me chahuter. Je vérifie les attaches de la tente de fortune. Le tissu épais de ces restes de voiles aide à retenir un peu de chaleur.
Tout est installé.

La nuit est là, claire et sans nuage.
J’observe encore une fois la position des étoiles. Je devine aisément que ma chaloupe suit toujours le même chemin, une direction nord-nord-ouest. Sans instrument de mesure ni carte, il m’est impossible de me situer géographiquement. J’imagine être non loin des Amériques étant donné que c’était mon trajet initial.
Je dois me laisser porter par le courant.
Il me reste encore quelques lampes à réaction luminescentes. Comme les nuits précédentes, j’en accroche une à l’extrémité de mon petit navire pour signaler ma présence, et une dans la tente, avec moi, pour me rassurer. Il m’en reste pour tenir quelques nuits supplémentaires.
Une fois installé dans la tente, je déballe quelques vivres. Au menu de ce soir, quelques galettes de blé et de la terrine de sanglier, accompagné de quelques gorgées de thé froid.

La lampe ne brille plus depuis plusieurs heures.
Après une nuit encore fraîche, mon moral reste bon ce matin. Je passe la tête à travers l’ouverture de la tente. Une légère brise me caresse le visage. J’aperçois le ciel bleu, ponctué de quelques rares nuages. Je sors et regarde tout autour de moi.
La tempête est toujours devant.
Je m’étire longuement et fais craquer mes os. Après cette petite séance d’exercice, je replie soigneusement la tente avec le reste des vivres.
Pendant que je mange un peu pour tenir la journée, j’observe au loin. De l’eau à perte de vue. Rien d’autre, aucune île, ni navire. J’avale ma dernière bouchée de pain après l’avoir longuement mâché. Je referme la caisse et l’arrime solidement à la structure de mon navire de fortune.

Le soleil arrive à son zénith et m’indique que la matinée touche à sa fin. La chaleur picote la surface de mon visage, je le sens rougir de plus en plus. J’étire un peu la toile pour ne pas totalement brûler. Il me reste encore un peu de temps avant de l’affronter. Je m’occupe et passe le temps en griffonnant quelques idées sur des feuillets pas trop humides. On ne sait jamais, quelqu’un pourrait les lire un jour ou l’autre.
Mes idées fusent dans tous les sens. Très rapidement, les mots s’embrouillent sur le papier. Le graphite noircit le feuillet, alors que les lignes s’entremêlent dans une étrange danse.
Je casse la pointe de mon crayon noir, sort de cette torpeur et relève la tête. Le tangage de la chaloupe s’accentue soudain.
À plusieurs miles de moi, les gros nuages noirs se présentent enfin à moi.
« On se rencontre enfin. »
Avec mes pauvres moyens, je ne peux malheureusement rien faire pour échapper à l’inévitable. Aussi vite que possible, je range tout dans la caisse des vivres et m’attache à la coque avec les restes des cordages, aucune envie de passer par-dessus bord.
Les premières gouttes de pluie tombent violemment dans le bateau.
Je prie alors les anciens pour réchapper à ça.

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