.2.
Assis dans la barque et cramponné à son sac, Gustave observait le navire de commerce aux proies des flammes. Les pirates s’éloignaient déjà de leur proie agonisante. La marchandise que transportait le Vaillant n’avait pas dû donner envie aux pirates.
Numim avait accaparé la seule chaloupe disponible sur le bateau. Alors que tout l’équipage s’affairait à faire accélérer le bateau, Numim avait jeté Gustave et ses affaires dans le canot de sauvetage le plus rapidement. Ils eurent le temps de s’éloigner suffisamment avant l’abordage des pirates. Gustave avait cru apercevoir le Capitaine sauter par-dessus bord sans se soucier de son équipage.
« Dans combien de temps arriverons-nous à Utopia ?
— On devrait y être d’ici demain soir en empruntant le couloir des îles.
— C’est risqué ?
— Oui. »
Gustave n’avait d’autre choix que de se laisser conduire. Le bois du navire en flamme craque une dernière fois, Gustave observa le bateau sombrer sous les vagues.
L’accès au domaine d’Utopia restait dangereux avec toute une constellation d’îles qui formait une barrière naturelle. Quelques routes pouvaient être empruntées par de petites embarcations lorsque la météo était clémente. Il était facile pour les Utopiens de contrôler leurs frontières. Seul un Utopien pouvait se permettre d’emprunter un autre chemin. Gustave avait toute confiance en Numim pour le conduire à bon port.
Le ciel s’assombrissait. Le blanc des nuages avait laissé sa place à de tristes teintes grises.
Gustave ne s’était jamais considéré comme un homme ni chanceux ni malchanceux. C’était un homme de science. Il ne prenait jamais en considération les coïncidences, mais il devait avouer qu’aujourd’hui le sort s’acharnait un peu. Les vagues s’agitaient toujours un peu plus.
La frêle embarcation tanguait de plus en plus violemment. Numim ne contrôlait plus rien. Il se débattait comme il le pouvait avec les rames qu’il maintenait de toutes ses forces. Une vague un peu trop forte le fit lâcher une rame. Il jeta l’autre et se cramponna à la chaloupe. Les vagues ballottaient la chaloupe dans tous les sens. Le bois craquait dangereusement sous la force de l’eau. Les deux hommes savaient que leur embarcation de fortune ne résisterait pas bien longtemps.
Vagues après vagues, la chaloupe se rapprochait des récifs. Gustave qui se cramponnait d’une main au bois et de l’autre à sa besace se sentait partir à chaque nouvelle secousse. Une nouvelle vague déchaînée éjecta les deux hommes avant que le canot ne se brise sur des rochers. Tombés à l’eau, Gustave et Numim furent bringuebalés dans les flots comme de vulgaires poupées de chiffon. Le botaniste avalait de l’eau à chaque nouvelle immersion. Le souffle court, il profitait de chaque seconde d’air lorsqu’il refaisait surface. Très vite épuisé, il arrêta de se débattre et laissa sa vie entre les mains des vagues.