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Les plouf s’enchaînaient dans la piscine.

Petits comme grands sautaient des différents plongeoirs avec le défi d’éclabousser tous ceux qui se trouvaient dans les parages. Les deux terreurs aux maillots rayés s’amusaient à faire quelques bombes dans l’eau. Non loin d’eux, des adolescents où chacun essayait de séduire l’autre, pataugeaient sur le rebord de l’île artificielle.

Pendant que les deux filles discutaient entre-elles de la dernière mode, les trois garçons s’affrontaient, l’eau à mi-genoux, pour savoir qui resterait le plus longtemps debout. D’après la teinte de leur bronzage, Oscar les imaginait passer toutes leurs journées sur la plage parisienne.

Il les observait de loin, suivait leur mouvement et imaginait leur histoire. Lorsqu’un d’eux se trouvait allongé dans l’eau, le troisième prenait la relève pour essayer de faire tomber le premier. Chacun y allait de sa démonstration de muscles pour impressionner les deux filles. Tout en dessinant leurs fines silhouettes, il sourit et repensa à un film documentaire qu’il avait vu au cinémascope. Il ne savait plus quel en était le sujet, mais se souvenait parfaitement de l’image de deux cerfs qui s’affrontaient pour une biche. Il agrémentait maintenant son dessin de petits commentaires, pour retranscrire au mieux les actions.

Un peu trop loin pour voir et entendre correctement ces cinq adolescents, Oscar se les imagina. Ce n’était pas trop compliqué, il avait été à leur place il n’y avait pas si longtemps. Alors qu’il vivait encore chez ses parents à Narbonne, il se retrouvait souvent avec ses potes de l’époque à se montrer, faire le beau et attirer l’attention d’une fille. Bien que dans son cas, il essayait aussi de plaire à son « adversaire ».

Depuis le bord de l’île, les garçons entamaient maintenant des saltos.

Un coup de sifflet !

Le regard d’Oscar fut attiré par une jeune femme repérable de loin avec sa jupe et son haut rouge. Elle surveillait ce coin de plage. D’un pas rapide, elle s’approcha du groupe d’adolescent. Ses gestes montraient qu’elle les réprimandait. Oscar s’imagina alors les paroles.

« Les garçons pouvaient commencer la surveillante, si vous voulez sauter comme vous les faîtes, utiliser les plongeoirs de l’autre zone.

— Désolé, madame, répondit le plus timide du groupe.

— On ne le refera plus, promit un autre.

— Si je vous reprends à le refaire, vous serez obligé de partir », précisa la femme.

Elle s’éloigna pour retrouver son poste de surveillance. Elle n’était pas dupe. Ils ne l’écouteraient pas vraiment et recommenceraient à la première seconde où elle serait occupée ailleurs. Oscar aperçut que les garçons rirent à gorge déployée, l’un d’eux imitant même la surveillante.

Le temps de boire un peu, Oscar remarqua que deux des garçons venaient de prendre sur leurs épaules les filles pour sans doute pour s’affronter dans un nouveau duel. Le troisième garçon, sans doute le plus frêle des trois, s’installa sur le bord de l’île et joua le rôle de l’arbitre. Il tiendrait sans doute très vite la chandelle pour ces quatre-là, pensa-t-il pendant que sa mine affinait le tracé des petites vagues.

Alors que les filles s’acharnaient à tenter de se faire tomber l’une l’autre, un bruit de moteur approcha à grande vitesse. L’engin, qui vrombissait et pétaradait dans tous les sens, filait sur la Seine sans se préoccuper d’aucune limite de vitesse ou de son environnement. La proue du bateau fendait l’eau avec la vitesse. Son moteur crachait une épaisse fumée blanchâtre derrière lui. Sur le pont du navire, un groupe d’hommes et de femmes se cramponnaient pour ne pas passer par-dessus bord.

Il frôla les limites de la plage artificielle.

La vitesse, associée à la taille du navire, provoqua de nombreux remous. La masse d’eau déplacée frappa le système de séparation qui laissa passer la vague. Elle se rua sur tous les baigneurs, certains burent la tasse, tandis que d’autres râlèrent de cette inconscience. Les ados et leur cavalière furent emportés par le mouvement.

« Match nul ! » avait sans doute crié le frêle arbitre après avoir levé les bras au ciel.

Sur sa page, Oscar crayonna les vagues qui avaient déferlé jusque sur le sable, faisant réapparaître ici et là certains pavés, sans trop déranger les Parisiens allongés sur les chaises longues. En relevant la tête, Oscar vit le groupe d’adolescents traverser le pont. Chose étonnante, le plus fluet, l’arbitre, repartait main dans la main avec l’une des deux jeunes filles. Il avait finalement gagné.

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