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Le crayon roula sur la feuille et tomba dans la main d’Oscar qui venait de le rattraper de justesse. Il le reposa dans le creux de son carnet, posé encore ouvert sur le banc. Il le referma, le posa sur son sac et s’adossa contre le mur pour une petite pause. Une légère brise lui caressait doucement le visage. Il ferma les yeux, leva doucement le menton et relâcha les épaules. Il détacha un bouton supplémentaire de sa chemisette. Un léger parfum de fleur lui chatouillait les narines. Le temps d’une seconde, il oublia la ville pour se retrouver en pleine nature.
L’aboiement d’un petit chien le fit sursauter. Jamais très à l’aise face à cet animal, quelle qu’en soit la taille, Oscar le chercha du regard. Le bruit aigu du chien résonnait contre le mur du quai.
Il le trouva enfin.
La petite boule de poil, à la robe arlequin, trottait sur les pavés et aboyait sur les quelques pigeons qui osaient s’aventurer trop près de lui. Il faisait beaucoup de bruit, mais Oscar le trouvait finalement pas trop effrayant, dès l’instant qu’il restait sur le chemin pavé, loin de lui.
Le petit chien était retenu par une laisse rouge, que tenait une vieille dame à l’autre extrémité. Oscar pensa immédiatement à sa grand-mère qui vivait en Pologne. Cette dame devait avoir sensiblement le même âge. S’appuyant sur sa canne, elle avançait, voûtée par le poids du temps. Sa robe aux fins voilages et son grand chapeau lui donnaient tout de même l’allure de la grande dame qu’elle avait dû être dans sa jeunesse.
Le petit compagnon à quatre pattes s’arrêta devant un groupe d’enfants. Il remuait la queue, très heureux de trouver de nouveaux humains prêts à lui offrir de nombreuses caresses. Les enfants lâchèrent alors le ballon pour encercler l’animal qui sautillait entre leurs jambes. Les petites mains touchèrent caressèrent la boule de poils chacune leur tour. La langue rosée du chiot tenta de récupérer les infimes restes de leur goûter.
Oscar reprit son carnet et continua de dérouler son illustration. Il prenait un grand plaisir à le faire et comprenait maintenant ceux qui restaient des heures sans bouger, juste à dessiner. Sur la page de droite, il ajouta la dame, son grand chapeau et la troupe d’enfants. Le petit chien ressemblait à un petit nuage gris. Le trouvant amusant ainsi, il ne s’attarda pas trop sur les détails de l’animal.
Les enfants comme le chien passèrent très vite à autre chose. Les restes de nourriture qui pouvaient traîner sous les chaises longues attiraient la petite truffe noire. Il tirait de plus belle sur sa laisse. La vieille dame le retenait avec difficulté, amusant certains vacanciers qui l’observaient depuis leur chaise longue. Elle semblait l’appeler, mais Oscar, depuis son banc, ne l’entendait pas.
« Comment pourrait s’appeler un chien comme lui ? se demanda-t-il. Kiki ? Bichon ? »
Il écrivit alors les différentes idées qui lui passaient par la tête.
La pointe de son crayon affinait certains détails dans la scène précédente pendant que le chien reniflait à la recherche d’autres mets égarés par quelques enfants maladroits. Toujours aussi discrètes, les deux petites tornades coururent vers le chien qui prit peur et s’échappa. La vieille dame venait d’échapper la laisse lorsque Kiki – appelons-le comme ça – avait tiré une fois de trop. La dame, surprise, bascula en arrière, mais fut, in extremis, rattrapée par le jeune homme à la chemise ouverte. Il la fit asseoir sur sa chaise, la laissa en compagnie de sa fiancée et partit à la recherche de Kiki.
Tout le monde s’y attela à sa manière. Personne ne l’avait vu, mais tout le monde le recherchait. Il y avait ceux qui l’appelait, ceux qui demandait à son voisin et ceux qui ne s’en préoccupait pas. Oscar observait ceux qui se penchaient sous leur propre chaise longue feignant aider à la recherche. Le jeune homme fit quelques remontrances aux enfants qui le snobèrent du regard avant de repartir se jeter à l’eau. La pauvre mère tenta une excuse et aida le jeune homme à chercher le chien disparu.
Sur son banc, Oscar tentait d’apercevoir la petite boule tachetée de brun, rouge, noir et blanc. L’animal ne pouvait pas passer inaperçu, mais il n’y avait aucune trace de Kiki.
« Wouf ! »
Oscar tourna doucement la tête vers sa droite et aperçut Kiki, assit fièrement sur le banc une patte sur son sac. Sa petite langue pendait, ses yeux ronds le fixaient. Les battements de cœur du grand gaillard s’accélérèrent. Avant de pouvoir refermer son carnet et se reculer, le chien eut le temps de s’approcher et de s’allonger sur ses genoux.
« Madame ! cria Oscar qui ne bougeait plus d’un millimètre. Madame, j’ai retrouvé votre chien ! »
Aidée par le jeune homme à la chemise ouverte, la vieille dame s’approcha d’Oscar.
« Alors Bernard, dit la dame en attrapant la laisse du chien qui remuait la queue, heureux de la revoir, n’embête pas ce jeune homme. Allez, viens, on doit rentrer maintenant. » Le chien sauta des genoux d’Oscar. « Merci, messieurs, pour votre aide. »
La dame s’éloigna.
« Bernard ?! bredouilla Oscar. Mais qui appelle son chien Bernard ? »
Le jeune homme à la chemise ouverte s’éloigna amusé et d’accord par la réflexion d’Oscar.