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Ils l’avaient repéré.
L’automate fut très vite cerné par tous les enfants. Tout son corps scintillait à chacun de ses mouvements. Oscar remarqua que le voile protecteur le recouvrant était mal positionné par endroit. Il ne lui permettait pas de résister correctement à la chaleur et les parties découvertes pouvaient brûler les petites mains qui commençaient à s’en approcher.
Poussant un lourd chariot réfrigéré, il vendait toute sorte de friandises, de glaces et de boissons. Tous les parents furent rapidement obligés de farfouiller dans leur porte-monnaie pour trouver quelques pièces à donner à leur progéniture.
La météo était parfaite pour une glace, mais celles des automates ambulants restaient simples et pas toujours bon marché. Oscar connaissait quelques glaciers, caché ici et là dans le quartier, qui proposaient de bien meilleures crèmes glacées. Rien que d’y penser, il en retrouvait le goût en bouche. Il ravala sa salive et se contenta d’attraper sa gourde pour déguster une longue gorgée d’eau, qui restait encore un peu fraîche.
L’automate n’avançait plus, assailli de toute part. Un petit parasol protégeait difficilement la surface de son chariot. Le moteur, qui relâchait de longues salves de fumées par le côté, fonctionnait à plein régime pour garder les glaces et les boissons au frais. Les vacanciers placés à côté du chariot se prenaient le nuage de fumée en plein visage selon que le vent soufflait ou non dans leur direction.
« Vous ne pouvez pas dégager avec votre machin ! » grogna un homme dont le ventre proéminent rougissait toujours un peu plus à chaque seconde.
L’automate ne réagit pas et continua à échanger les pots de glace contre les pièces que lui tendaient les enfants.
Une fois le dernier enfant servi, l’automate referma le capot, se remit derrière son chariot et le poussa sur le chemin. Un léger grincement accompagnait l’annonce qu’il rabâchait en boucle. Après seulement une dizaine de mètres, le vendeur de glace s’arrêta, coincé par les deux enfants aux maillots rayés qui sautillaient dans tous les sens.
La mère avait finalement cédé.
« La pauvre », souffla Oscar, terminant les contours du chariot de glace.
Les enfants s’installèrent à l’ombre du parasol de leur mère pour dévorer leur glace.
Un jeune couple d’amoureux héla l’automate alors qu’il refermait le capot. Les deux jeunes, qui arrivaient de la rue, voulaient aussi en profiter pour s’offrir et partager un instant glacé. Le jeune homme, à la chemise ouverte et au bas de pantalon retroussé, déposa les quelques pièces dans la main mécanique et récupéra le pot aux nombreuses boules de glaces, sans oublier les deux cuillères.
Oscar les enviait. Avec Jeremy, ils ne s’étaient pas revus depuis leur retour de leur mission à Castellac. Retourné depuis un mois chez ses parents pour se reposer, du travail l’attendait maintenant à l’Institut. Ils allaient enfin pouvoir passer du temps ensemble. Il vérifia sa montre. Encore un peu de patience avant de le prendre dans ses bras.
Un brouhaha le sortit de ses rêveries.
L’automate ambulant venait de se faire alpaguer par une patrouille de policiers à pied. Uniforme bleu nuit, légèrement adapté pour les fortes chaleurs du moment, matraque à la ceinture et casquette sur la tête, deux agents inspectaient le chariot du vendeur tandis que le troisième vérifiait les papiers d’identité et les autorisations de l’automate. De son banc, Oscar n’entendait pas la conversation, mais les gestes de l’automate et les réactions de tous les curieux alentours lui laissaient le loisir de l’imaginer.
« Je suis en règle, monsieur l’agent, devait-il implorer de sa voix métallique. C’est une erreur de l’administration ! » L’automate agitait les bras dans tous les sens. « Je ne fais que mon travail. Je n’embête personne ! » dit-il sans doute plus fort avant que plusieurs regards noirs ne se pointent sur lui.
Oscar s’amusait à imiter chacun des protagonistes tout en crayonnant la scène. Il scrutait d’un œil le moindre mouvement des personnages de cette comédie improvisée. Il regrettait de ne pas avoir de couleur pour rendre plus juste la scène qui se déroulait sous ses yeux. Quelques mots commentaient ses dessins pour une reprise ultérieure.
L’agent de police, qui tenait entre ses mains les documents de l’automate, s’éloigna avec l’un de ses collègues jusqu’à la cabine téléphonique la plus proche. Il voulait sans doute vérifier l’ensemble des informations.
Plusieurs enfants continuaient de tourner autour du chariot de glaces. Malgré tous ses efforts, le troisième policier ne réussit pas à les éloigner. Ils restèrent plantés là, devant le chariot à chercher sur la pancarte quelle glace choisir. Lorsque les deux policiers revinrent, les enfants sautèrent de joie en entendant que l’automate était bien en règle et qu’il pouvait continuer à vendre ses glaces.
Les trois agents reprirent leur patrouille vérifiant le bon respect des règles et vérifiant l’identité d’autres automates au passage.