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Au petit matin, le bois encore fumant, Gustave s’étira après une nuit sans rêve. Il réajusta ses vêtements qui gardaient une certaine humidité. Numim dormait encore. Gustave leva alors la tête. Aucun bruit, aucun chant d’oiseaux. C’était la première fois qu’il le remarquait.
Comment un environnement pareil peut-il être dépourvu d’animaux ? se nota Gustave pour lui-même.
C’est en rangeant son carnet dans sa poche qu’il l’aperçut. La plante était là, non loin de leur camp de fortune. Elle s’était déplacée. Oubliant son guide, Gustave se leva pour aller la regarder de plus près.
« Comment tu as fait pour bouger ? » murmura-t-il en suivant la ligne des racines.
Il remarqua alors que les racines principales ne s’enfonçaient pas dans la terre. Seules de nombreuses radicelles la maintenaient en terre. Gustave ressortit alors son carnet pour en dessiner le système racinaire. Il n’avait jamais vu de telles racines depuis le début de son voyage. Son crayon traçait aussi vite que sa main le pouvait. Il complétait ainsi le dessin commencé la veille. Il notait aussi les teintes des couleurs afin de pouvoir les remettre plus tard.
« Que faites-vous ? lui cria soudain Numim depuis sa couchette. Il faut partir, monsieur Garidel !
— Encore quelques minutes, bredouilla-t-il après avoir levé la main.
— Non, je dois insister.
![1] lâcha Numim dans son utopien natal. Vous trouverez à la bibliothèque d’Utopia tous les livres que vous voudrez sur ces plantes. Nous devons rejoindre la côte avant la prochaine nuit. »
Sans attendre la réaction du botaniste, le guide se leva et tira une nouvelle fois Gustave par le bras. Ils s’éloignèrent rapidement de la plante. Gustave réussit tant bien que mal à défaire son regard de cette merveille. Gustave attrapa le rythme de Numim et suivait sans poser de problème. Il se contentait de regarder et d’enregistrer un maximum d’information qu’il noterait plus tard.
Rien avec ce qu’il voyait, il lui faudrait des mois pour tout répertorier et comprendre. Il espérait que les ouvrages d’Utopia lui fourniraient suffisamment d’informations. Il imaginait déjà mettre en place une nouvelle expédition et revenir ici pour prendre le temps de tout noter en détail.
« On va faire une pause », proposa Numim légèrement essoufflé.
Les deux hommes s’arrêtèrent pour reprendre quelques forces. Ils auraient aimé avoir un peu d’eau, mais Numim refusait de boire l’eau qui ruisselait ici ou là.
« Elle nous suit », souffla Gustave.
La plante s’était arrêtée au milieu du chemin. Ses pétales s’ouvraient légèrement pour attraper quelques rayons de lumières. Elle scintillait.
« Ne vous approchez pas », prévint Numim.
Gustave, toujours retourné vers la plante, admirait les points lumineux qui brillaient sur les pétales. Elle semblait l’hypnotiser. Gustave se retourna pour reprendre la route.
« Numim ! Attendez-moi ! »
Gustave le chercha du regard. Son guide n’était plus là.
« Numim ! »
Son guide ne l’aurait pas laissé seul. Gustave l’appela encore une fois.
[1] Translitteration : No yolibo li chodeye ! (Cette plante est dangereuse !)