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Septidi 17 Messidor, an CCXXI, 16 heures

Il marchait d’un bon pas, longeait les coffres des kiosques des livres rares et s’arrêta devant le lieu où les Parisiens s’agglutinaient. Oscar Florczak, canotier sur la tête, chemisette entrouverte et sac sur le dos, se pencha légèrement par-dessus le muret. Bien qu’ayant été étudiant dans la capitale, il découvrait pour la première fois ce lieu à la fois magique et intriguant. Une plage artificielle au cœur de la vieille cité.

Une promenade de pavés rouge séparait la zone des bronzés, où s’étendaient à perte de vue des chaises longues, des coins salon avec chaises et table basse, le tout reposant sur du gazon synthétique et la zone des baigneurs où une piscine créée de toute pièce grignotait sur la Seine. À cet endroit, tout un système de sécurité et de filtration d’eau permettait aux Parisiens de se baigner dans le fleuve. Promit depuis de longues années par un maire un poil ambitieux, l’Académie des Sciences y avait dès lors travaillé pour permettre à tous de nager à nouveau dans la Seine. Une île artificielle, des palmiers mécaniques et quelques fontaines pour se rafraîchir complétaient ce décor.

Oscar longea encore un peu le muret pour rejoindre l’escalier qui permettait de descendre sur cette plage. Une trentaine de marches séparait les automobiles à vapeur des vacanciers d’un jour.

Du haut des marches, Oscar pouvait déjà apercevoir la foule qui se massait sur la berge, en troupeau près de l’eau et légèrement espacé au niveau des transats. Quelques automates serpentaient pour aider et nettoyer les lieux. Le jeune homme, qui transpirait à grosses gouttes, se fraya un chemin jusqu’à un banc. Délaissé, parce que trop à l’ombre, il était parfait pour lui. Même s’il était habitué à vivre dans le sud du royaume, là où le soleil dominait le ciel presque toute l’année, il savait aussi que la couleur feu de ses cheveux et la pâleur de sa peau ne faisaient pas bon ménage avec ses rayons. La peau de ses bras était déjà grasse de crème solaire.

Pour atteindre son banc, Oscar longea tout d’abord la zone des parasols. Sous ces ombres, de nombreuses mères protégeaient les plus petits du soleil encore très chaud à cette heure-ci de la journée. La lumière se réverbérait sur les immeubles situés de part et d’autre de la Seine et sur les murs du quai. Toute la chaleur se condensait et se diffusait au gré de brises brûlantes. Sa chemisette voleta légèrement au passage de l’une d’elles.

Empruntant un chemin de traverse, il zigzagua entre les parasols et quelques transats avant d’arriver à bon port. Ébréché par le temps, ce banc en pierre, posé le long du haut mur du quai, tenait compagnie à un pauvre arbre aux branches toutes fluettes. Oscar posa son sac, s’étira et trouva la bonne position. La forme de l’arbre lui permettrait, le moment venu, de s’adosser contre son tronc.

Le bruit de cette plage artificielle résonnait contre les murs du quai, mais restait plutôt agréable et surtout étouffait un peu le bruit des moteurs à vapeur pétaradants des automobiles et les sabots des chevaux qui tapaient les pavés au-dessus de sa tête. Il relava le poignet et constata sur sa montre qu’il lui restait du temps avant d’être rejoint par ses amis pour son retour à Paris.

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