Episode 10
REPRISE DU CHANTIER APRÈS PLUS DE SIX MOIS D’ARRÊT
Extrait du journal Excelsior, daté du Quartidi, 14 Floréal an CLXXXI
Fin de la grève !
Depuis hier soir, la tension parmi les automates retombe doucement. Alors que le dialogue entre humains et automates semblait être dans l’impasse depuis déjà plusieurs décades, le roi est intervenu lors d’une assemblée extraordinaire qui se tenait à Paris.
Depuis six mois, le royaume vivait au ralenti. Sans les automates, de nombreux secteurs d’activités ont dû s’interrompre. Le transport ferroviaire fut le plus touché avec la construction et l’entretien des villes. Plusieurs lynchages d’automates se sont produits sur certains points de manifestation. Il n’y a eu aucun démantèlement enregistré, seulement de la « tôle froissée » comme l’avait indiqué le Grand-maître de la navigation lors de sa dernière conférence de presse.

Des nouveaux droits automates
L’intervention royale permet aux automates d’obtenir plusieurs nouveaux droits. Le premier de ces droits est l’ouverture des écoles humaines aux automates. Les classes ne deviendront pas mixtes entièrement, mais certains cours seront donnés en coopération par les professeurs humains et automates. Les automates obtiennent aussi le droit d’enseigner à l’université. Le droit suivant concerne le salaire des automates. Celui-ci sera en effet ajusté sur celui des humains. Le palais Royal assure que les entreprises seront aidées afin de financer le surplus de ce salaire. Le roi a aussi promis que les tomates pourraient obtenir la nationalité française. Ce point doit être retravaillé avec les différents ministres. Un représentant Automate sera également présent lors des conseils.
D’autres droits, que certains pourraient qualifier de mineurs, ont également été approuvés. Un mariage automate sera possible afin de reconnaître les unions et les familles automates. Il ne s’agira plus d’une simple inscription sur les registres. Les époux automates auront les mêmes droits et devoirs que les époux humains. Les automates seront aussi reconnus comme être vivant et pourraient obtenir un nom d’espèce, ce que certains biologistes se refusent à accepter.
L’histoire des automates ne fait que commencer et certaines rumeurs d’indépendance commencent à émerger dans certains groupes de paroles.
Visite des usines de verre
Les chantiers de l’île volante redémarrent lentement. Nous en avons profité pour visiter les usines qui fournissent les vitres du dôme qui recouvrira et protégera l’île et ses futurs habitants. Ce dôme permettra de conserver la chaleur.
Avec les fourneaux chauffant en continu, les températures dans l’usine avoisinent les 30 degrés Celsius. Les ouvriers qui doivent se protéger finissent par souffrir rapidement de la chaleur. Après cette première salle pour le verre en fusion, nous entrons dans la salle de façonnage. La température reste élevée, mais bien plus supportable. C’est ici que nous rencontrons l’un des maîtres verriers.
Il occupe l’un des postes essentiels. Une fois la plaque de vitre refroidie, l’artisan doit affiner les bords pour ajuster les baguettes de métal. Les pièces s’assemblent ensuite tel un grand vitrail. Contrairement à un dôme classique destiné à un bâtiment, comme on peut le voir sur certains pavillons de l’exposition universelle, le dôme de l’île volante sera doublé.
Nous suivons notre maître verrier dans la cour de l’usine où une partie du dôme est assemblée pour vérification. Composé d’une centaine de vitres, la portion de dôme paraît gigantesque dans la cour. « Elle paraît minuscule une fois installée sur l’île. » Le sourire du maître verrier ne s’est pas détaché de son visage jusqu’à la fin de notre visite.