Episode 6
LA COQUE DE L’ÎLE VOLANTE EST TERMINÉE
Extrait du journal Excelsior, daté de l’Octidi, 8 Brumaire an CILVII
Les derniers boulons
Les entrailles de la future île volante ne sont plus visibles depuis hier. Les dernières plaques de métal pyrolithique ont été boulonnées et soudées. La forme de l’île commence à se comprendre. Quelques échafaudages ont commencé à être retirés dans toutes les zones terminées. Seuls restent les piliers d’arrimage de la plateforme.
La surveillance reste tout de même accrue à tous les points sensibles où un passage vers le cœur de l’île serait possible. Les ouvriers qui pouvaient descendre facilement par les différentes ouvertures doivent à présent utiliser l’une des nombreuses écoutilles, ce qui demande pour certains un long trajet entre le domicile et le lieu de travail.

Vie ma vie d’ouvrier
Pendant plusieurs jours, nous avons suivi Albert, chauffagiste. Affecté à la zone sud du chantier, il s’occupe de la tuyauterie qui devra conduire la vapeur dans les différents immeubles de la cité principale. Contrairement aux chaudières individuelles installées dans l’ensemble des habitations de royaume, la cité testera les chaudières collectives.
Nous retrouvons Albert chez lui, primidi matin peu avant 5 heures du matin. Après un rapide petit-déjeuner, on le suit jusqu’à la navette qui doit le conduire jusqu’à l’entrée du chantier. L’omnibus est plein des ouvriers des cités ouvrières du dessous. Après presque 45 minutes de trajets, les voyageurs entament leur deuxième trajet. Albert doit, en effet, emprunter l’un des ascenseurs qui longent les piliers d’arrimage jusqu’à l’écoutille.
Nous laissons Albert récupérer son matériel et entamer sa journée de travail. Nous le retrouvons à 19 heures dans le vestiaire. Son visage, plein de sueurs, porte les marques de sa journée. Après une douche rapide, nous le suivons dans l’ascenseur pour la descente. Albert semble content de sa journée : « La journée fut très bonne et maintenant je suis heureux d’aller retrouver ma famille ».
Dans sa petite maison, Albert retrouve Sophie, son épouse, et ses deux enfants qui lui sautent au cou avant d’aller au lit. Avec la descente et le trajet en navette, Albert n’est jamais chez lui avant 21 heures. Les deux têtes blondes profitent aussi longtemps que possible de leur père avant d’aller dormir.
Sur la table, le plat fumant du soir ne fait pas long feu sous l’appétit d’Albert. Nous laissons Albert aller se reposer de cette longue journée peu avant 23 h 30. Notre nuit fut courte et après seulement trois jours passés en sa compagnie, notre fatigue n’a jamais été aussi dure.
Nous souhaitons un bon courage à tous les ouvriers du chantier.
Comment fonctionnent les puits de lumière ?
Depuis le début de l’installation de la coque de l’île, les citoyens craignaient l’ombre et l’obscurité provoquées par la structure. L’Académie Royale des Sciences a mis au point, avec l’aide du professeur Dubert du département d’optique, de gigantesques puits de lumière.
De longs tunnels, aménagés de plusieurs lentilles, traversent l’île pour réfracter la lumière et la diffuser vers le sol. Lorsque l’ensemble des puits de lumière seront fonctionnels, l’impact de l’ombre de l’île sera réduit de presque 80 %.
Crédits illustrations
1. Fernand Cormon – A Forge 1893